REVUE DE PRESSE

Publié dans L'Humanité-Dimanche le 23 avril 2015 :

Publié dans Centre-Presse le 8 janvier 2015 :

Publié dans Be mars-avril 2015 :

Publié dans le Monde des Livres en 2011 :

Publié dans L'Impartial de la Drôme le 18 décembre 2014 :

Publié sur le site Myboox en juin 2011 :

Restranscription d'un article publié dans Le Monde du 22 octobre 2005 :

 

 

Orphelins du sida

 

Il est toujours délicat d’empoigner le thème de l’enfance. Surtout si l’intention est de sensibiliser à une cause où se mêlent tragédies humaines et coup du sort. L’enfance est en soi émouvante, pas besoin d’en rajouter. François Truffaut, qui filma si souvent des gamins, avait une théorie à ce sujet. Il estimait que la caméra et le scénario ne devaient pas trop en faire question pathos, puisqu’un sourire d’enfant, et un sanglot d’avantage encore, se suffisaient à eux-mêmes pour nous plonger dans le désarroi des petits.

 

On a été servis, ces temps derniers. La bande passante du malheur n’en finit pas de repasser, de cyclone en attentat, d’expulsion de squats parisiens en avalanche humaine aux portes de l’Europe, portes restées fermées, gardées par des barrières et des barbelés où s’écorchent aussi des mineurs.

           

Le drame du Bangladesh et du Cachemire, apprend-on sans s’étonner outre mesure, a provoqué une hécatombe d’enfants. Pas mal de photos nous ont renseignés sur la faiblesse d’un « petit d’homme », comme écrivait Kipling, face à un bloc de béton.

           

Hier soir, c’est un film qui nous a sonné. Rien de bruyant ni de spectaculaire. Rien de claironné dans les journaux ou à la radio. Un documentaire signé Frédéric Touchard qui raconte comment vivent les enfants du Burkina Faso. Les enfants en général ? Non, un certain profil d’enfants. Ceux qui n’ont plus de parents pour les aider à grandir, pour accompagner leurs désirs et leur peur, la peur d’être tout seul le soir dans une maison, par exemple.

           

Des orphelins qui vivent avec le souvenir plus ou moins vague de leurs parents où ils étaient en vie. Les parents sont morts du sida. Il y a deux ou trois ans. Ce film est celui proposé en DVD par l’association Orphelins Sida International (www.orphelins-sida.org). On découvre une bonne mamie africaine, un oncle, des éducateurs, une association burkinabé d’aide à ces laissés-pour-compte. Une fillette a encore sa mère, mais elle est malade. Elle rêve de devenir infirmière pour pouvoir la soigner.

           

Un garçonnet est interrogé : « Te souviens-tu des choses que tu faisais avec tes parents ? » Un grand silence. Il cherche très loin, son regard est parti ailleurs. On se sent mal devant le gouffre qui vient de s’ouvrir entre l’enfant et nous : « Avant, je mangeais avec mon père et ma mère. Maintenant je mange seul avec mon petit frère. » Et le regard repart très loin.

           

Un autre enfant dit qu’il n’a plus le temps de penser à jouer, à présent. Il voudrait devenir « quelqu’un de bien ». À travers tous ces témoignages recueillis avec tact, on mesure les dégâts affectifs causés par la pandémie de sida. Ces enfants qui parlent sans larme ou presque sont devenus avant l’heure des adultes. Une immense gravité dévore leurs visages, petits ils sont déjà grands, un peu trop grands.

           

On a envie de les aimer, de les aider. On comprend sans mal pourquoi des personnalités venues d’horizons différents – Michel Jonasz, Simone Veil – s’impliquent aux côtés de ces orphelins. L’association organise des parrainages permettant à ces petits Burkinabés de vivre autant que possible leur vie d’enfant.

 

Eric FOTTORINO